

Depuis sa redécouverte dans les années 1980, Camille Claudel a inspiré de grandesexpositions monographiques. Sa renommée est aujourd’hui telle qu’elle pourrait laissercroire, à tort, qu’elle était le seul sculpteur femme de son époque. Pourtant, autour de1900, bien d’autres ont suivi le même chemin qu’elle et, malgré les obstacles liés à leurcondition de femme, se sont illustrées dans le domaine de la sculpture.
Dans le cadre de l’expositionAu temps de Camille Claudel, être sculptrice à Paris, cessculptrices de premier plan sortent de l’ombre ! Une exposition coproduite par le muséeCamille Claudel, le musée des Beaux-Arts de Tours et le musée de Pont-Aven réunitles créations d’une vingtaine d’entre elles : Charlotte Besnard, Marie Cazin, MadeleineJouvray, mais aussi Jessie Lipscomb, Agnès de Frumerie ou encore Anna Bass, JanePoupelet et bien d’autres. Françaises ou étrangères, souvent filles ou épouses d’artistes,elles ont été les camarades d’atelier, les amies, ou parfois les rivales de Camille Claudel.Certaines l’ont précédée, d’autres lui ont succédé.
Grâce à des prêts nationaux et internationaux, près de 90 objets – sculptures, mais aussiportraits peints, dessinés ou photographiés des sculptrices, ainsi que photographies etcorrespondances – redonnent vie à l’entourage artistique féminin de Camille Claudel,depuis ses débuts dans le Paris cosmopolite des années 1880 jusqu’à son internement enmars 1913.
À quelles formations artistiques les femmes avaient-elles accès en ce tournant du XXesiècle ? Quelles stratégies les sculptrices ont-elles déployées pour se faire une place dansce milieu dominé par les hommes ? Quelles relations Camille Claudel a-t-elle entretenuesavec ses contemporaines ? Et quels rôles occupaient ces artistes au sein de l’atelierd’Auguste Rodin ? Autant de questions éclairées par l’exposition

L’expositionAu temps de Camille Claudel, être sculptrice à Pariss’inscrit dans le sillage d’un travailpionnier, porté avec rigueur et sensibilité par l’historienne de l’art Anne Rivière. Depuis les années1980, son inlassable engagement a profondément modifié notre compréhension de la sculptureréalisée par des femmes en France. Elle fut l’une des premières à redonner à Camille Claudelson statut d’artiste, en dehors des récits déformants ou sentimentaux qui l’avaient réduite àune muse tourmentée. Elle joua aussi un rôle pionnier en interrogeant systématiquement lesconditions d’existence et de création des sculptrices dans une société profondément inégalitaire.Depuis plus de quarante ans, par ses publications, ses enquêtes et son patient travail de terrain– d’archives en ateliers, de catalogues en correspondances –, elle a ouvert la voie à une lectureplus large et plus structurée de la place des sculptrices dans la France de la Belle Époque. Ens’intéressant aux conditions concrètes de la formation, de la production et de la reconnaissanceprofessionnelle des artistes femmes, Anne Rivière a permis de déplacer le regard : de labiographie individuelle vers les dynamiques collectives, de la marginalité supposée vers unepleine inscription dans l’histoire de l’art.
Dans le prolongement des travaux menés par Anne Pingeot, AntoinetteLe Normand-Romain et Bruno Gaudichon, une nouvelle génération de chercheuses — car forceest de reconnaître que ce champ est porté majoritairement par des femmes — a poursuivi etélargi les recherches pionnières d’Anne Rivière.Les thèses de Charlotte Foucher Zarmanian sur les stratégies de carrière des artistes symbolistes,de Pauline Milani sur les sculptrices du Second Empire, ou d’Eva Belgherbi, en cours definalisation, consacrée à la formation des sculptrices en France et au Royaume-Uni, constituentaujourd’hui des synthèses majeures sur des aspects encore peu explorés de l’histoire des artistesfemmes entre la seconde moitié du 19esiècle et le début du 20esiècle.

En parallèle de ces travaux académiques, les musées jouent désormais un rôle essentiel dansla redécouverte et la valorisation des œuvres de peintres et de sculptrices de cette période.L’exposition fondatriceSculpture’Elles. Femmes sculpteurs du XVIIIesiècle à nos jours,organiséeen 2011 par Anne Rivière, avec la complicité de Frédéric Chappey, au musée des Années 30 deBoulogne-Billancourt, ou encore l’ouverture en 2017 du musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine, ont marqué des étapes décisives dans la reconnaissance de ces parcours. L’accrochageelles@centrepompidousous la direction de Camille Morineau, en 2011, entièrement dédié auxartistes femmes du musée national d’art moderne, a également constitué un moment fort dans ledébat sur leur visibilité au sein des institutions. Depuis, les initiatives se sont multipliées, tant enmatière d’acquisitions que d’expositions : on peut notamment citerOù sont les femmes ? Enquêtesur les artistes femmes(Palais des Beaux-Arts de Lille, 2023),Artistes voyageuses et Femmes chezles Nabis(musée de Pont-Aven, 2023 et 2024), ou encoreElles. Les élèves de Jean-Jacques Hennerau musée national Jean-Jacques Henner(2024-2025). Par ailleurs, les équipes successives dumusée Sainte-Croix de Poitiers – de Bruno Gaudichon à Pascal Faracci et Raphaële Martin-Pigalle,jusqu’à l’actuelle direction assurée par Manon Lecaplain et Camille Belvèze – mènent depuisde nombreuses années un travail remarquable en faveur de la visibilité des artistes femmes.L’expositionLa Musée : une collection d’artistes femmesprésentée en 2025, en constitue l’un desmultiples aboutissements.

5 ŒUVRES PHARES DE L’EXPOSITION
- Marie Cazin,Jeunes fillesouJeunesse, 1886, plâtre, 72 x 60 x 37,9 cm,Tours, musée des Beaux-Arts
- Camille Claudel, L’Abandon(grand modèle), bronze, 63 x 56,5 x25,5 cm (1905), d’après le modèle présenté au Salon de 1888, Paris,Centre national des arts plastiques
- Madeleine Jouvray,Danaïde, premier tiers du 20esiècle, marbre, 19 x 33,2 x21 cm, collection particulière
- Agnès de Frumerie,La Source d’orouLa Lutte pour l’existence, 1900, grèsavec émail mat velouté, 84 x 74 x 25 cm, Stockholm, Nationalmuseum
- Jane Poupelet,Imploration,1928, bronze, 85 x 29,5 x 33,5 cm,collection particulière
INFOS PRATIQUES :
- Musée des Beaux-Arts de Tours du 31 janvier 2026 au 1er juin 2026
- Musée de Pont-Aven du 27 juin 2026 au 8 novembre 2026
LES SITES :











