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ALGÉRIE : la main invisible sur le pouvoir des médias.

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Le 22 décembre, j’ai été invité ainsi que des journalistes de la presse écrite et télévisuelle, afin que nous relayons une information dont les médias ne parlent pas.
Et je pense qu’il est de mon devoir d’en parler.

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En 2014, la réélection d’Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat suscite de très fortes tensions. L’opacité entourant l’état de santé du chef d’état depuis l’AVC qui a réduit ses capacités d’élocution et de mobilité en 2013, l’absence de transparence quant au déroulement du scrutin, et les nombreux scandales de corruption entachant
le système politique de manière récurrente, inquiètent quant à l’avenir du pays. Facteur aggravant, l’Algérie subit de plein fouet, à partir de 2015, les conséquences du contrechoc pétrolier engagé par l’Arabie saoudite, avec une chute de plus de 70 % du prix du baril en l’espace de deux ans. Ces difficultés n’empêchent toutefois pas l’impulsion de nouvelles initiatives dans le camp de l’opposition : en 2014 est créée la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD), élargie ensuite à d’autres partis politiques et membres de la société civile à partir de la mi-2015, au sein de l’Instance de concertation et de suivi de l’opposition (ICSO). Cette dernière, dont la principale revendication est la mise en place rapide d’une transition démocratique, a
tenu son deuxième congrès en mars 2016.

Tout au long des années 2000, suspension de journaux, condamnations de journalistes à des peines de prison et lourdes amendes, agressions et crimes impunis (voir le cas du correspondant d’El Watan à Tébessa, Abdelhaï
Beliardouh)1 sont monnaie courante. Malgré ces difficultés, la presse écrite continue à lutter et à faire preuve d’inventivité pour produire une information de qualité. L’amélioration du climat économique encourage des journalistes à créer leurs propres titres. Le lectorat est au rendez-vous et ne cessera de progresser.

Dans ce paysage politique complexe, les médias continuent à jouer tant bien que mal un rôle de vecteur de l’information entre le citoyen et l’État. Si, pour évaluer la situation de la liberté de la presse en Algérie, les regards se sont longtemps tournés vers la presse écrite privée née du processus d’ouverture démocratique des années 90, les réformes engagées par le gouvernement dans le secteur médiatique à partir de 2011 amènent à élargir le champ de l’observation. L’édiction du code de l’information, loi organique votée en 2012, en est un marqueur important. Prévoyant la dépénalisation partielle des délits de presse, ce texte de loi permet également la libéralisation du secteur télévisuel, jusque-là monopole de l’État. La loi sur l’audiovisuel de 2014 entérine cette ouverture, bien que, dans les faits, les nouvelles télévisions privées évoluent dans une zone grise, en l’absence de régulation du secteur, toujours attendue.
Au-delà de la presse écrite et de la télévision, des médias électroniques ont enrichi le panorama médiatique algérien. L’émergence de journalistes-citoyens encourage également une réflexion renouvelée sur la production de l’information à l’ère du numérique et des réseaux sociaux.

Le pays se trouve d’ailleurs au 129e rang sur 180 du Classement mondial 2016 de la liberté de la presse de RSF. Certains sujets – tels que la santé du président de la République, l’atteinte aux « valeurs et principes de la société » ou les « fondements de la Nation » – sont considérés comme des « constantes » nationales, et autant de pierres d’achoppement auxquelles peu de médias osent se heurter. D’autres outils de pression – judiciaires,
économiques ou politiques – sont également utilisés par les pouvoirs publics pour rétrécir le champ de la liberté d’informer. Au mois de juin 2016, deux responsables d’une chaîne de télévision algérienne (KBC/El Khabar) ont été mis sous mandat de dépôt plus de 20 jours pour « fausses déclarations ». Le 11 décembre 2016, la nouvelle du décès en détention du journaliste algéro-britannique Mohamed Tamalt à Alger a profondément choqué la profession et les défenseurs des droits de l’homme.

Condamné à deux ans de prison ferme pour « outrage à corps constitués » et « atteinte à la personne du Président » après la publication de statuts sur Facebook, Mohamed Talmat avait entamé une grève de la faim dès son incarcération le 27 juin. Tombé dans un coma profond début septembre, il est décédé en décembre en prison.

Un autre journaliste Hassan Bouras, harcelé depuis 2003, est également derrière les barreaux, pour avoir publié une vidéo où trois témoins dénoncent à visage découvert des faits graves de corruption impliquant des hauts responsables de l’appareil judiciaire et sécuritaire de la ville d’El Bayadh, dans l’ouest algérien. Hassan Bouras a été condamné sur la base du code pénal pour « outrage à corps constitués », entre autres.
En choisissant de recourir au code pénal, les magistrats désavouent complètement le code de l’information de 2012 et la Constitution.
Basé sur une vingtaine d’entretiens menés entre mai et octobre 2016 à Alger, Oran et Tunis, ce rapport présente un panorama non exhaustif de l’évolution de la liberté de la presse en Algérie depuis 2014, avant de détailler les pressions subies par le secteur ces deux dernières années. Il propose enfin des recommandations à destination des
autorités, de l’autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) et de la communauté internationale, pour le renforcement de la liberté de l’information en Algérie.

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Conformément à la Constitution algérienne promulguée le 6 mars 2016, aux obligations internationales de l’Algérie sur les droits humains, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et prenant en compte l’observation générale n°34 sur l’article 19 du PIDCP du Comité des droits de l’homme, RSF recommande de :
1. Ouvrir une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de Mohamed Tamalt afin que les responsables soient punis dans les plus brefs délais.
2. Libérer Hassan Bouras et tous les journalistes professionnels et non professionnels détenus uniquement pour avoir exercé leur droit d’informer, y compris sur internet et via les réseaux sociaux.

Hassan Bouras

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3. Cesser de recourir au code pénal, à la détention arbitraire et à des procédures administratives abusives pour interdire et criminaliser la liberté d’information et le journalisme indépendant.
4. Cesser toute forme de restriction au droit à l’information menant à la censure des médias, notamment lorsque sont abordés les sujets suivants : la santé du chef de l’Etat, les biens et avoirs des dirigeants algériens à l’étranger, la corruption et les mouvements sociaux.
5. Réviser le code pénal en supprimant la peine d’emprisonnement pour les délits de presse notamment ceux concernant l’injure, l’outrage ou la diffamation.
6. Faire cesser les menaces verbales de hauts responsables politiques algériens à l’encontre des journalistes.
7. Assurer la protection des journalistes notamment dans les cas de cyberviolence.
8. Réviser le code de l’information de 2012 afin de mettre certaines dispositions en conformité avec les obligations internationales de l’Algérie. En particulier, les exceptions concernant le respect de l’identité nationale, des valeurs culturelles ou des intérêts économiques non conformes aux restrictions à la liberté
d’expression permises par l’article 19 du PIDCP.
9. Réviser la loi de 2014 sur l’audiovisuel afin de permettre aux services de communication privés de couvrir des sujets politiques sans risque de censure et réviser le mode de nomination des membres de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) afin de garantir l’indépendance de l’instance, notamment pour l’octroi des licences aux chaînes audio et télévisuelles.
10. Ne pas intervenir dans le travail de l’autorité de régulation de l’audiovisuel afin de lui permettre de remplir ses missions d’une manière effective, indépendante et transparente.
11. Cesser les procédés discrétionnaires dans la distribution par l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP) de la publicité institutionnelle et publique.
12. Impliquer les acteurs du secteur médiatique et de la société civile nationale, notamment le Syndicat national des journalistes (SNJ), et internationale défendant la liberté de l’information et de la presse pour toute réforme entreprise dans le secteur des médias y compris concernant la mise en place de l’Autorité indépendante de régulation de la presse écrite.
13. Faciliter l’obtention des cartes de presse et accréditations aux journalistes de médias en ligne.
14. Délivrer sans restriction visas et accréditations aux journalistes étrangers qui en font la demande et leur permettre d’effectuer leur travail librement.

 

© Ghardaïa – Photo H. Lyes/El Watan

© Ghardaïa – Photo H. Lyes/El Watan

 

© OT / Adda

© OT / Adda

IL FAUT QUE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

1. Plaide auprès des autorités algériennes afin que cesse la répression et la censure des journalistes
professionnels et non-professionnels notamment ceux s’exprimant sur internet.
2. Soutienne les organisations de la société civile défendant la liberté de la presse dans le pays afin que soient encouragés l’existence et le développement de médias libres et indépendants y compris de médias associatifs.
3. Demande à l’Algérie de se conformer aux recommandations qu’elle a reçues dans le cadre de l’Examen périodique universel sur la liberté de l’information et la liberté de la presse.

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Il faut rester vigilant et partout dans le monde où la Liberté de la Presse est bâillonnée, intervenir, signer les pétitions.
Soutenir les journalistes qui sont emprisonnés.
Avec les conflits de part le monde, beaucoup sont tués, emprisonnés alors informez-vous.

LE SITE : Reporters sans frontières

Pétition en faveur de Hassan Bouras

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