«…car rien de bon ne peut advenir désormais.» C’est ainsi que se termine le poème préféré de Jérémy. Sombre.
Et pourtant… pourtant Jérémy est en train de construire puisque tout est à construire, comme il le dit lui-même. Le Château vient de refermer ses portes. Son nom est cité dans des pages de magazine, elles aussi sombres parfois, mais aussi dans d’autres, plus lumineuses. Jérémy est en liberté. Et ce, finalement, depuis le 1er Juillet 1986, jour où il naquit dans le Loiret.
Jérémy prend des cours de chant. En cachette. Dans la famille, on ne chante pas.
Et il semble qu’on ne s’attend pas à avoir dans la famille, un chanteur de variété. Avant de chanter comme la cigale, il prend des allures de fourmi: il ne dépense aucune étrenne: anniversaire, noël… tout petit cadeau en espèce, lui sert alors, à payer son professeur.
Mais JĂ©rĂ©my n’informe personne de sa nouvelle passion. En tout cas, des cours qu’il prend pour se perfectionner. La passion se confirme, JĂ©rĂ©my Ă©crit sa première comĂ©die musicale. L’anonymat dĂ©jĂ  ne lui plaĂ®t pas. Il donne un rendez-vous surprise Ă  ses parents, lors d’un concours de chant rĂ©gional. Ne les informe pas sur les tenants et aboutissants du lieu et de l’évènement du rendez-vous et c’est, très Ă©tonnĂ©s qu’ils se retrouvent dans une salle de spectacle, applaudissant leur fils qui vient de remporter le concours de chant. Il fallait que cela soit comme une Ă©vidence et plutĂ´t que de parler, JĂ©rĂ©my a prĂ©fĂ©rĂ© chanter Ça c’est fait. Ne reste que le plus dur. Se former, trouver une identitĂ© vocale, identifier son univers. ĂŠtre CohĂ©rent, avec son univers. Devenir professionnel, quoi…S’ensuit le chemin habituel d’un adolescent, JĂ©rĂ©my, en parallèle Ă  ses cours de chant, continue le lycĂ©e pour obtenir un bac LittĂ©rature et Art Plastique. Il incarne pendant deux ans le rĂ´le de JosuĂ© et Aaron dans une adaptation des «Dix Commandements », qui lui offre sa première tournĂ©e en province. Fort de cette expĂ©rience, JĂ©rĂ©my est remarquĂ© et chante en solo pour le gala du Championnat National de Twirling, par exemple, ou lors d’un gala du ComitĂ© Miss France…De piano bar, en gala en passant par les castings, JĂ©rĂ©my se trouve un jour face Ă  Pascal Sevran, qui sans hĂ©siter le sĂ©lectionne pour son Ă©mission «Chanter la vie – EntrĂ©e des artistes ». Il dira de JĂ©rĂ©my qu’il a vu en lui « une sincĂ©ritĂ© d’interprĂ©tation exceptionnellement Ă©mouvante ».Il fera parti des interprètes de l’album produit par l’émission en y interprĂ©tant « Sans Bruit » de Patrick Fiori, l’un de ses artistes prĂ©fĂ©rĂ©s.
La suite, nous la connaissons. Plus ou moins. L’entrée au château, les évaluations dans le froid matinal de Dammarie Les Lys, les fameux primes. Une finale passionnante dans laquelle Jérémy se surpasse et arrive encore à surprendre après trois mois d’émission et de shows. Aujourd’hui, Jérémy enregistre et peaufine son premier single. Comme pour s’ébrouer des images du château, il redevient un artiste qui fait son chemin seul… Et pardon de démentir la conclusion du poème de Wystan Hugh Auden: «Oui, tout le bon peut advenir désormais… »
Par Nicolas Pélacy