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A Perfect moment – Robert Mapplethorpe au Grand Palais à Paris!

Larry & Bobby: Kissing

Larry & Bobby: Kissing

Quand Paris fête New York et réciproquement, il se passe toujours quelque chose d’extraordinaire, tant  les deux capitales de l’art semblent faites l’une pour l’autre. L’inauguration et le vernissage au Grand Palais de l’exposition consacrées au photographe Robert Mapplethorpe ont été une fête de ce genre : a perfect moment. Il faut en remercier  Jean-Paul Cluzel,  Président de la Réunion des Musées Nationaux et la société de courtage Aurel BGC,  mécène de l’exposition.  Par cette exposition, ils nous offert just in time un remède à la macération moralisatrice qui semblait devoir emporter notre capitale.

A gauche, Avec Jean-Paul Cluzel, président de la réunion des musées nationaux, tout juste élevé à l'ordre de commandeur de la légion d'honneur .

A gauche, Avec Jean-Paul Cluzel, président de la réunion des musées nationaux, tout juste élevé à l’ordre de commandeur de la légion d’honneur .

Nulle offense pourtant dans cette exposition ! Nulle provocation inutile !
Il y a bien une salle interdite au moins 18 ans où l’on voit les photos sadomasochistes de Mapplethorpe. Quelques journalistes, abonnés aux mauvaises critiques, en sortaient d’ailleurs  en jouant les blasés, comme si la question était de savoir si Mapplethorpe pouvait encore les faire bander… Mais que peuvent en effet faire ces photos à des yeux gorgés de mauvaise pornographie ? Ni  l’attirail cuir de Biran Ridley and Lyle Heeter (1979) ni  le suspensoir de Patrice (1977) ni la belle bite de Mark Stevens (1976), reposant avec son reste d’érection sur un piédestal,  ne peuvent raisonnablement susciter la moindre excitation.

Mapplethorpe

Mais précisément le but de Mapplethorpe a-t-il jamais été l’excitation ? N’a-t-il pas toujours aspiré à autre chose qui s’appelle la contemplation ? Grâce au superbe accrochage de Jérôme Neutres, cette exposition nous montre à quel point la quête contemplative de Mapplethorpe  demeure la nôtre.  Qu’est-ce qui reste à contempler quand on a tout vu, que cela va vite, que tout est devenu sexe ? « Si j’étais né il y a deux cents ans, répond Mapplethorpe,  j’aurais sans doute été sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de regarder, de créer une sculpture ».  De tous ces garçons,  qui couraient sans encore le savoir vers le SIDA dans une sarabande endiablée, Mapplethorpe a su tirer des sculptures de lumière qui fixent pour toujours leur beauté. Après cette exposition, il sera difficile de continuer d’assimiler Mapplethorpe à un sous-produit de la sous culture américaine de la scène gay des années 1970. Au pays de Sade et du bordel sadomasochiste du baron Charlus, on peut enfin reconnaître Mapplethorpe comme  un des nôtres.

Autoportrait

Autoportrait

Un autre mérite de l’exposition, qui confirme le premier,  est de nous révéler le don du portrait chez Mapplethorpe. Sur le grand mur où s’accrochent les visages, tous si beaux, des peoples, des artistes,  des galeristes, des gigolos et des demi-mondaines du New-York des seventies, les Parisiens d’aujourd’hui pouvaient contempler le temps qui passe en se demandant ce qui resterait de leurs propres vanités. Ce face à face fut peut-être un des meilleurs moments des deux soirées. Patti Smith, la première compagne et l’amie de toujours de Mapplethorpe chanta. Jane Birkin passa. Ceux des années 70 se rappelaient comment Mapplethorpe avait fourni à leurs désirs naissants leurs premières images. On s’émerveillait de cette vie qui avait continué malgré le sida On savourait le simple bonheur d’être là,  en se prenant à espérer que les  plus jeunes puisent en ces images une force leur permettant de combattre tous ceux qui voudraient simplifier la vie, l’édulcorer, la transformer en un conte débile, en bleu-papa et rose-maman pour enfants illettrés,  qui aurait déshonoré un Perrault ou un Andersen.

Avec Isabelle Mariani Ancienne conseillère à la Présidence de la République  pour la culture.

Avec Isabelle Mariani
Ancienne conseillère à la Présidence de la République pour la culture.

Le cocktail servi dans les galeries supérieures du Grand Palais,  qui ne ressemblent à un loft new-yorkais que pour mieux s’ouvrir sur la Seine,  ne fut pas le moindre hommage à la générosité de Mappelthorpe. Devant le bar à foie gras,  la coupe de champagne à la main, la ville devant moi,  je pensais à la phrase de Patti Smith qui,  en découvrant l’homosexualité de son compagnon,  a donné une des plus belles phrases de la philosophie : « il m’avait appris que la contradiction est la voie la plus évidente vers la vérité » (Just Kids, trad. Fr. Harmonise Esquié, p. 278). Contradictoire, noire et blanche, tragique et heureuse: voilà ce que Robert Mapplethorpe nous rappelle de la vie, il faut aller voir cette exposition pour n’avoir pas peur de sa richesse, ni…craindre d’y amener sa petite amie.

LE SITE: Grand Palais

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